Temps

Le compte personnel de Formation en euros

Une erreur fondamentale et anthropologique de Madame la Ministre du Travail

« La pédagogie, c’est répéter ». « Le savoir faire, c’est l’apprivoisement du hasard »…ces maximes et tant d’autres, nous rappellent qu’apprendre est surtout une question de temps.

Le CPF, Compte Personnel de Formation, naguère en heures, va être converti en euros à la demande de Madame Pénicaut. C’est une erreur anthropologique fondamentale en même temps que c’est une intrusion dans le dialogue social qui, pourtant, avait abouti à quelque-chose (étonnant quand, par ordonnances, la même ministre prétend renforcer le dialogue social….).

Le ministre du travail prend argument du fait que les formations supérieures (Cadres) coûtent plus cher que les formations moins qualifiantes : ainsi, avec 500 euros, les personnes de qualification modeste pourront se former davantage que les personnes déjà qualifiées. Cela, c’est de la politique sociale socialiste. Et il est vrai que les personnes moins qualifiées ont besoin de plus d’heures, sans doute, que des personnes qui ont déjà un bon bagage.

Et il est vrai aussi que le coût de certaines formations a pu exploser devant le fait que le crédit du CPF étant en heures, le payeur institutionnel était la vache à traire. Il y avait un risque d’abus, parce que, comme dit Matthieu Detchessahar, « le marché n’a pas de morale« .

La question de fond n’est pas là : elle réside dans le fait qu’encore une fois, on prétend tout pouvoir ramener à de l’argent, qui est confirmé comme unique étalon de valeur. Au nom de principes d’apparence fondés (coûts et abus), on commet ici une erreur anthropologique.

C’est terrible parce que cela oublie complètement qui est l’homme : cet animal qui a besoin de temps plus que tout autre pour se débrouiller dans la vie, pour apprendre, pour procréer, pour décider, discerner, expérimenter : le temps est une ressource qu’il faut laisser à l’homme.

On a privé les partenaires sociaux du temps en établissant le principe de délais préfixes; voilà qu’on prive les salariés du temps de formation nécessaire en le remplaçant par un pécule qui prétend en être l’équivalent.

D’un point de vue comptable (provisions des droits) et du point de vue de la gestion du risque financier, le temps n’entre pas dans les tableurs et autres S.A.P. Notre système est fondamentalement vicié par l’argent qui, prétendant être le dénominateur commun de toute chose, a décidément pris la place de l’Homme. Et Madame la Ministre du Travail n’a pas su résister au chant des sirènes de la finance.

Source : site CFTC MÉTALLURGIE YVELINES

print

Auteur de l’article : Leïla Amin

Leïla Amin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *